Requiem pour ma Pénélope

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Pénélope, naît le 25 juin 2005, d’un père labrador et d’une mère Bouvier Bernois. Elle fait ses premiers pas au Canada (Québec) à Sainte-Madeleine, dans une pouponnière de l’école de Dressage pour chiens guide d’aveugle : MIRA.
A travers cette publication, j’aimerais lui rendre hommage. Parce qu’aujourd’hui, c’est le 13 septembre.

Plage de Carnon (MontPelier) 2013 - Manu et Pénélope assis sur le sable

Avant ma rencontre


L’histoire commence en Février 2006. J’ai un tas de connaissance qui vit avec un chien guide, j’ai même l’occasion de marcher pour la première fois avec l’un de leur compagnon canin. Même si je suis très indécis, je décide de prendre contact avec Suzanne Bernetel, correspondante Française de Mira Canada pour lui faire pare de mon souhait d’avoir un chien guide. Les choses vont très vites puisque je reçois un dossier que je remplis, j’ai un entretien pour mettre en avant mes motivations… Mais en Juin 2006, je me rétracte. J’ai peur. Je ne me sens pas capable de m’occuper d’un animal, je suis totalement dans l’inconnu et je décide de me laisser encore un peu de temps pour réfléchir. En Décembre de la même année, je reprends contact avec Suzanne, cette fois-ci, je suis convié à rencontrer l’un des dresseurs de Mira Canada, Nicolas Saint-Pierre, qui vient pour me rencontrer et m’évaluer. En février 2007, je valide mon choix même si mes craintes sont encore bien présentes. Mon départ d’un mois pour ma formation au Canada est fixé, je dois prendre l’avion le 3 Juillet.

Pendant les 5 mois précédents mon départ, les questions et les doutes se bousculent dans ma tête. La balance reste à plat, du « pour » et du « contre » mais je décide de faire ce voyage puisqu’on me rassure en me disant qu’il n’est pas obligatoire de repartir avec le chien guide si je ne me sens pas prêt. Et puis, un voyage au Canada quand-même, ce n’est pas rien ! 🙂

Le 3 juillet 2007 est arrivé, il est 10H31 et j’embarque dans un avion de type Boing 777 avec 3 autres élèves de ma promotion, à destination de Montréal (Canada). Le vol dure 6 heures, je trépigne, heureux d’être là, mes doutes s’estompent un peu, je profite du moment.

A l’aéroport de Montréal, nous sommes accueillis par Noël, employé de Mira, un homme vraiment très sympathique, qui nous a tous bien rassuré, mis en confiance. Quelques dizaine de minutes plus tard, nous découvrons l’école de dressage de chiens guide. Un endroit idyllique. De l’espace, de la verdure, du soleil et des chiens qui aboient au loin.

Mon premier contact


Après avoir réglé quelques détails administratifs, et avoir fait connaissance avec l’équipe qui allait prendre soin de nous pendant 3 semaines, ainsi qu’avec les 4 autres bénéficiaires, je découvre ma chambre, Un petit 9M^2, climatisé. On finit par me remettre un kit comprenant un Harnais, un collier,, une laisse, une gamelle, un os à rongé et une corde à noeud. Non, bande de médisant, ce n’était pas pour moi, mais pour mon future compagnon canin.

Bref, quelques jours passent, les journées s’enchaînent avec des testes d’orientation, de locomotion, des prises de contact avec différents chiens. Et vient le jour J, celui de l’attribution de notre compagnon. Nous sommes le 6 juillet, tous réunis dans le chenil. Les dresseurs sortent 12 chiens pré-sélectionnés, en fonction de nos critères de déplacement, de notre caractères. Huit de ces chiens seront attribués au huit élèves présents.

Je n’oublierai jamais ce moment magique où j’ai entendu ces 12 chiens se précipiter vers nous pour choisir certains d’entre nous. Assis sur un banc, je patiente quelques secondes pour finalement sentir une grosse boule de poils venir se frotter à moi et me couvrir de léchouilles. Dit comme ça, ça semble sortir d’un roman, mais je vous assure que c’est réellement de cette manière , que ça s’est déroulé.

J’entends encore Isabelle et Nathalie, les deux dresseuses s’approcher de moi et me dire «Manu, on te présente Pénélope». Un moment inoubliable qui a sellé le début d’une longue vie de complicité.

Pendant les 2 semaines restantes, Pénélope et moi apprenons à nous connaître. Les dresseurs nous forment, nous corrigent, nous encouragent, nous rassurent à travers un tas d’exercices de marche avec notre chien.

Et viens le dernier exercice, le teste ultime: le lâché d’équipe en plein centre de Montréal. On vous laisse à un endroit, et on vous demande de vous rendre dans un autre lieu avec votre chien. Ils appellent ça : le Drop off… Essayez d’imaginez quelques secondes la situation : vous êtes aveugle, dans une ville que vous ne connaissez pas, avec des gens qui n’ont pas la même culture, avec votre chien que vous connaissez à peine depuis 3 semaines. Une situation plus tôt stressante !

Mais Pénélope et moi, nous nous en sortons bien. J’apostrophe un tas de passants, on me donne des indications, je fais confiance à ma nouvelle compagne de route… et on finit par arriver à bon port. Le teste est brillamment réussi, le surlendemain, avant de reprendre l’avion pour quitter le Canada, et retrouver ma ville de Grenoble, on me remet ma carte officielle de chien guide d’assistance.

Mon retour En France


Le 28 juillet 2007, il est 6H20, j’arrive à Orly accompagné de Pénélope. On saute dans un TGV en partance de Massy qu’on manque de loupé, 3 heures plus tard, je foule le sol de Grenoble. Pénélope découvre les passages piéton qui sont totalement inexistants au Canada. Il lui faudra à peine 2 jours pour comprendre que c’est l’endroit où elle doit traverser.

Mes craintes sont devenues de mauvais souvenirs, je me lance à la conquête des rues de Grenoble, je m’aventure sur les quais de l’Isère, j’ose des balades en montagne, je prends goût à sortir juste pour me balader, alors qu’avant je sortais uniquement parce que c’était nécessaire. Ma vie prend un nouveau tournant, et j’aime ça.

Les années passent, les voyages dans toute la France s’enchaînent. Pénélope découvre Le Havre, Rouen, Paris, Nogent-Le-Roi, Reims, Strasbourg, Poitiers, Chasseneuil du Poitou, Rennes, Saintes, Avignon, Montpellier, Bordeaux, Marmande, Lyon, Chateaurou, Vichy, Genève, Ferney-Voltaire… il se peut que j’en oublie, mais on en a fait des kilomètres.
Mon amour pour les chiens grandit et je décide, ayant des difficultés à trouver un job, de trouver une formation qui me permettrait de travailler avec les chiens. Après avoir tenté une formation d’Ethiopathe Canin que je n’ai malheureusement pas pu terminé faute de financements, je m’oriente vers une formation de comportementaliste.

Pénélope et moi, on forme une bonne équipe, on rencontre plein de gens, plein de chiens, on se construit tout un tas d’excellents souvenirs, ponctués de temps à autre de petites mésaventures, mais n’est-ce pas la vie de tout un chacun ?

Malheureusement, c’est arrivé


Durant la fin de sa vie, Pénélope vit à Saint-Marcellin en Isère. Depuis 2016, elle est en retraite. Elle profite du jardin et des balades sans harnais, accompagnée de Happy et Toscka, les deux autres chiens de ma compagne Amélie. Après des années de loyaux services, de temps de kilomètres parcourus, de péripéties que je vous raconterai peut-être dans un autre article, elle avait le droit à son repos bien mérité.
En Mars 2017, je suis contraint de la faire opérer pour lui enlever un gros lipome thoracique. L’opération se passe bien mais Pénélope fatigue vite, elle commence à souffrir d’arthrose. En juin, le vétérinaire suspecte un cancer intra-utérine. Elle perd régulièrement du sang, l’arthrose s’aggrave. La fatigue s’accentue, la souffrance s’accroît. Elle halète très souvent. Je commence à y penser, mais je n’arrive pas à m’y résigner.

En septembre 2017, je suis obligé de prendre une terrible décision. Je ne supporte plus de voir ma chienne en si grande détresse et souffrance, alors je choisis de la laisser partir.

Le 13 septembre 2017, à 16H07, allongée entre mes jambes, comme nous avions l’habitude de nous mettre pour faire de gros câlins, Pénélope ferme ses yeux pour la dernière fois grâce à une première injection, sa respiration ralentit, je ressens le stresse disparaître, elle semble apaisée. Une seconde injection, ma main posée sur son poitrail, je sens la vie qui l’abandonne lentement, sa respiration s’arrête complètement, suivi de son coeur. Un moment terrible…

Saint-Marcellin 2017 : Pénélope , allongée sur Manu dans une chaise longue

Conclusion


Pénélope décède à l’âge de 11 ans, après 9 ans de complicité, une cinquantaine de villes traversées, des centaines de kilomètres parcourus.

Pour rien au monde, j’aimerais revivre cette difficile année 2017, mais la rencontre avec Pénélope a changé ma vie. Je suis même en mesure d’affirmer qu’elle m’a sauvé.

Pour ceux qui se trouvent dans une situation d’hésitation, je pense que c’est tout à leur honneur de se poser toutes les bonnes questions. Je ne vous dirai pas qu’il faut foncer, que de vivre avec un chien guide, c’est magique… Le résultat de votre réflexion vous appartient, prenez votre décision en tout état de conscience et surtout pas en ayant été influencé. Il y a énormément d’avantages de monter une équipe avec un chien guide d’aveugle, mais il y a aussi le revers de la médaille. Et il est important, à mon sens, de ne pas l’ignorer.

Pour ma part, j’ai aimé Pénélope, j’ai beaucoup donné pour elle, et je referai la même chose si je devais revenir en arrière. Mais à ce jour, la douleur est encore bien trop grande pour envisager de m’attacher à un nouveau compagnon canin. Peut-être suis-je trop sentimental ? Pour l’instant, ma canne blanche me suffit, et au moins si elle se brise, je n’en souffre pas, je n’ai qu’à en racheter une autre.

Je garde son collier dans mon armoire et sa médaille avec son grelot de détente sur mes clefs. Pas pour ne pas l’oublier, puisque je suis sûr de ne jamais l’oublier, mais c’est juste que j’ai une sorte d’impression de toujours l’avoir avec moi. Je ne sais pas si c’est bon ou mal, mais c’est mon choix.

Vous trouverez ci-dessous, un petit montage sonore de quelques moments que j’ai pu capturé avec Pénélope.

Je vous souhaite bonne écoute, et vous remercie de m’avoir lu.

3 réponses sur “Requiem pour ma Pénélope”

  1. Hello Manu,

    Déjà tout d’abord j’espère que tu va bien depuis tout ce temps. Je suis toujours tes sites avec attention. J’ai beaucoup été touché par ce petit article car je comprend et ressent la même chose que toi. J’ai un chien depuis 7 ans maintenant et je redoute le moment où…et je sais comme toi, que derrière je ne pourrais pas en reprendre un autre. Trop de sentiment et je ne suis pas sur de pouvoir passer à autre chose derrière. Alors moi aussi, ça sera le retour de madame blanchette… avec elle au moins pas de sentiment.
    Que Pénélope repose en paix et je ne doute pas une seule seconde que ça devait être une compagne très fidèle !

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